mercredi 25 mai 2011

L'élégance du hérisson - Muriel Barbery


Immeuble parisien, bourgeois, appartements spacieux, lumineux, luxueux. Au rez-de-chaussée, Renée Michel, concierge aux abords revêches, comme toutes les concierges, veuve ayant des oignons aux pieds et jamais vraiment souriante, comme toutes les concierges, et au chat traîne-savate, comme toutes les concierges. Seule petite différence constatée aux stéréotypes, préjugés et autres clichés que nous avons sur ces concierges, et dans lesquelles semble se complaire Mme Michel, cette dernière a appelé son chat Léon en hommage à Tolstoï, auteur de son roman favori Anna Karénine. Admiratrice incontestée du cinéaste Yasujiro Ozu, détentrice d’une culture littéraire, cinématographique immense et d’une pensée philosophique très fine, Mme Michel cache sa culture derrière les rideaux de sa loge, car elle pense qu’étant concierge, elle se doit d’avoir des comportements de concierge, pour ne pas avoir de problèmes. 
Quelques étages plus haut, Paloma, 12 ans, fille de ministre et de dépressive accro aux somnifères dont la seule occupation est de faire la conversation à ses plantes vertes, a pour projet  de se suicider le jour de ces 13 ans. Elle a décidé de ne pas passer sa vie à tourner désespérément dans un bocal de poissons, car pour elle la vie se résume à  « la vacuité et l’ineptie de l’existence adulte ». Dans son journal du mouvement du monde et ses pensées profondes, elle observe et analyse son entourage d’une manière très crue mais très humoristique, témoignages ponctués de haïkus de son invention, car elle est aussi éprise de culture nippone et a des solides notions de la langue de l'empire du Soleil Levant.
Nouveau venu dans la vie de double identité d’une concierge qui cache bien son jeu et dans les dernières semaines d’une fillette à l’intelligence hors norme, M.Ozu, richissime et très raffiné  vieil homme japonais. Grâce à son sens de l’observation et sa finesse d’esprit, il permettra la rencontre et l’ouverture, la naissance de deux personnalités. Un cadeau, un dîner, une tasse de thé, une séance de cinéma … M.Ozu est le lien qui manquait.

Avec ce second roman, Muriel Barbery - ancienne normalienne et professeur de philosophie - nous émeut, nous fait rire et réfléchir. Dans une écriture fluide et soutenue, elle nous fait partager son amour de la culture japonaise, ces préférences artistiques et ses idées, que nous acceptons sans grande difficulté, tant les personnages sont attachants, vrais et drôles. Cette satire sociale publié en 2006 a décroché 8 prix littéraires, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires en France. Le livre a aussi son adaptation cinématographique « Le hérisson », sortie en 2009. Avec Josiane Balasko parfaite dans le rôle de la concierge bourrue, Garance le Guillermic au regard intelligent dans le rôle de Paloma et Togo Igawa, énigmatique M. Ozu mais pas toujours très compréhensible, le premier film de Mona Achache colle très bien à l’atmosphère du best-seller. 

Inès

lundi 23 mai 2011

Le Liseur - Bernhard SCHLINK


    Bernhard Schlink est né en 1944. Il partage son temps entre Bonn et Berlin, où il exerce la profession de Juge. Il est l’auteur de plusieurs romans policiers couronnés par de grands prix, et a notamment publié en France Le Liseur (du titre original Der Vorleser). C'est est un très beau roman d'amour, aussi captivant que bouleversant. Le lecteur est directement séduit par cette histoire qui mêle nazisme et amour réciproque hors du commun, mais également par son style.

    Le livre : À quinze ans, Michaël rencontre par hasard, en rentrant du lycée, une femme de trente-cinq ans, Hanna, poinçonneuse de tramway.  Il en devient l'amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l'un de leurs rites consiste à ce qu'il lui fasse la lecture à haute voix. Hanna est une femme très mystérieuse qui ne parle jamais de son passé, ni de son présent, au caractère très changeant. Ce qui trouble beaucoup le jeune homme, mais ayant tellement peur de la perdre, il n'ose lui en parler. Comme alors pour lui une longue période de mensonges vis-à-vis de sa famille, qui ne connait pas Hanna, mais également une période exaltante avec sa maîtresse. Cependant du jour au lendemain, elle disparaît, et ne lui donnera plus de nouvelles.
Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de des études de droit, au procès de cinq nazies et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l'insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais.
Il la revoit une fois, bien des années plus tard. Il se met alors, pour comprendre, à écrire leur histoire, et son histoire à lui, dont il dit : « Comment pourrait-ce être un réconfort, que mon amour pour Hanna soit en quelque sorte le destin de ma génération que j'aurais moins bien su camoufler que les autres ? »
   
    
     Ce premier amour le conduira très loin dans sa quête de la vérité, de la compréhension des êtres. 
    "Des années plus tard, je m'avisai que ce n'avait pas été simplement à cause de sa silhouette que je n'avais pu détacher mes yeux d'elle, mais à cause de ses attitudes et de ses gestes. Je demandai à mes amies d'enfiler des bas, mais je n'avais pas envie d'expliquer pourquoi, de raconter le face-à-face entre cuisine et entrée. On croyait donc que je voulais des jarretelles et des dentelles et des fantaisies érotiques, et on me les servait en posant coquettement. Ce n'était pas cela dont je n'avais pu détacher les yeux. Il n'y avait eu chez elle aucune pose, aucune coquetterie. Et je ne me rappelle pas qu'il y en ait jamais eu. Je me rappelle que son corps, ses attitudes et ses mouvements donnaient parfois une impression de lourdeur. Non qu'elle fût lourde. On avait plutôt le sentiment qu'elle s'était comme retirée à l'intérieur de son corps, l'abandonnant à lui-même et à son propre rythme, que ne venait troubler nul ordre donné par la tête, et qu'elle avait oublié le monde extérieur. C'est cet oubli du monde qu'avaient exprimé ses attitudes et ses gestes pour enfiler ses bas. Mais là, cet oubli n'avait rien de lourd, il était fluide, gracieux, séduisant - d'une séduction qui n'est pas les seins, les fesses, les jambes, mais l'invitation à oublier le monde dans le corps.

    À l'époque, je ne savais pas cela - si du moins je le sais aujourd'hui, et ne suis pas en train de me le figurer. Mais en réfléchissant alors à ce qui m'avait tant excité, l'excitation revint. Pour résoudre l'énigme, je me remémorai le face-à-face, et le recul que j'avais pris en me faisant une énigme disparut. Je revis tout comme si j'y étais, et de nouveau je ne pouvais plus en détacher les yeux."





Adaptation cinématographique : The Reader, par Stephen Daldry.

Chloé.

samedi 21 mai 2011

Jamiroquai

 « Jam » est un mot appartenant au jargon des jazzeux désigant une session d’improvisation.
« Iroquai » signifie Iroquois.
En décomposant le nom du groupe, on peut facilement retrouver ses inspirations musicales et artistiques (ou devrais-je dire vestimentaire ?).
C'est le chanteur british à la voix claire et mélodieuse Jay Kay qui fonde le groupe en 1992, dans le mouvement écolo-cool-branché, et conquis très vite un large public à travers le monde en créant un look, une façon de danser et peut-être même un nouveau son inclassable : acid jazz, funk, pop, électro, disco, dance, soul… Jamiroquai a une large palette de sonorités, et leurs albums et leurs tubes révèlent bien cette très grande diversité.

Discographie :
Leur premier tube, "When you gonna learn", paroles engagées sur un son funk fait connaître au grand public le didjeridoo, instrument typique aborigène et fait aussi signer le groupe un contrat de huit albums avec Sony, ce qui n'est pas négligeable.
Avec Emergency on Planet Earth, sorti en 1993, Jamiroquai connaît un succès immédiat grâce à des tubes acid jazz toujours assez engagés.
En 1995, Return of the space cowboy, petit clin d’œil au penchant de Jay Kay pour la cosmologie, d’ailleurs souvent présente dans leurs chansons et leurs clips.
Toujours en rapport avec le cosmos, le tube "Cosmic Girl" dans Travelling without moving, sorti en 1996, et la consécration de Jamiroquai avec une apparition dans le monde du cinéma, avec "Deeper Underground" utilisé pour la B.O. de Godzilla.
Après Synchronised, où les influences électro et disco commencent à se faire sentir, A funk odyssey confirme ces influences en 2001 avec le très dansant "Little L".
Ensuite, Dynamite, toujours avec des sons disco ( "Give hate a chance","Starchild") mais un peu plus d’électro ("Feels just like it should", "Electric Mistress").

Enfin, après un best of réalisé à contre-cœur, le départ du groupe de la boîte de Sony, et pas mal d’années, Jamiroquai revient en 2010 avec une tournée mondiale  et Rock dust light star, album aux influences plus pop-rock tout en conservant leurs lignes de basse très funk, et éternel son électro-jazz-funk.





Inès

mardi 17 mai 2011

Angus & Julia Stone

    Angus et Julia Stone sont deux frère et sœur que le divorce de leurs parents à séparés très tôt. Ils ont passé des années sans se voir et sans avoir de nouvelles l'un de l'autre. Mais lorsque Angus a eu 17 ans et Julia 19, ils se sont retrouvés en Amérique du Sud, quand Julia était allée retrouver son petit ami Chilien. C'est à ce moment là qu'il lui a enseigné la guitare et que leur premier album a vu le jour, Chocolate and Cigarette. Leur chansons étaient encore timides et ils n'osaient pas dévoiler leur personnalité, mais ils se sont tout de même faits progressivement connaître en Australie, là où ils vivent, et enchaînent maintenant les tournées mondiales. Le public a tout de suite été charmé par Angus, personnage particulièrement largué et timide, au timbre enrayé et sensuel, avec, sans oublier un beauté sauvageonne. Ainsi que par Julia, jeune femme délicate, rêveuse à la voix douce et légèrement enfantine.

    Leur musique, poétique, à fleur de peau, aux mélodies vaporeuses et solidement arrangées, est un mélange parfaitement maitrisé de pop et de folk. Ils s'inspirent beaucoup de Cocoon, CocoRosie, America ou encore Neil Young, ce que l'on entend surtout dans les titres chantés par Julia, comme This Way, ou I'll Wait. Leurs morceaux, pouvant parfois faire penser à des confidences (Santa Monica Dream) ou encore à un carnet de voyage (Yellow Brick Road) témoignent de leur goût du travail bien fait, de la simplicité, avec toujours un final somptueux (Down the Way). Cependant leur manque de professionnalisme les empêchent d'atteindre la perfection... Quitter leur tournée Américaine en plein milieu pour seul motif : l'ennui, pourrait leur faire perdre beaucoup de fan américaines... ♫♪


   




A découvrir également : 
Album solo de Julia : The Memory Machine
Album solo d'Angus, sous le nom de : Lady of the Sunshine – Smoking Gun.










Chloé